LA GESTION D’UNE LIGNE DE TRAPPE

by Albert Roura / Jueves, 11 julio 2013 / Published in WILDLIFE MANAGEMENT

LA GESTION D’UNE LIGNE DE TRAPPE

Le piégeage est une activité complexe en soit. Il faut connaitre les habitudes du gibier recherché, savoir le déjouer à l’aide d’une ou plusieurs techniques et être en mesure de maximiser la mise en marché de la fourrure. Il ne faut pas oublier la gestion afin d’assurer la perpétuité de notre pratique sans affecter négativement certaines espèces. Le défi reste élevé, mais l’activité en vaut le coût tellement elle est intéressante et motivante. Commençons par comprendre la gestion d’une ligne de trappe, mon exemple à moi au Québec sur ma ligne de trappe.

Une ligne de trappe est un circuit non linéaire, déterminé bien avant la saison, qui inclut des installations visant le plus d’espèces possible. L’objectif est de parcourir le plus de kilomètres possible de routes et de chemins dans le but de maximiser la récolte d’animaux à fourrures. La ou les mêmes lignes de trappe sont exploitées à chaque année, avec sensiblement les mêmes localisations. Pour faire une saine gestion du territoire, j’applique un principe simple: maintenir les espèces moins fréquentes à des niveaux stables (vison, martre, pékan, loutre) et faire une grande pression sur les espèces abondantes et quasi surexploitables (raton-laveur, rat musqué, castor, coyote).

  • CONCEPT GÉNÉRAL

Le concept général vise à ne pas trapper sur toute la superficie d’un territoire, mais bien sur une plus petite échelle répandue à travers. Sur le territoire public, mes installations sont bien distancées, de plusieurs kilomètres et je n’emprunte pas tous les chemins disponibles. J’essaie de couvrir la plus grande superficie possible sans toutefois miner le terrain de pièges. Après quelques années, je connais les bons secteurs qui produisent année après année et ceux moins productifs. Sur le territoire privé, mes principales permissions sont sur des fermes agricoles. Je priorise les espèces à problèmes, comme le raton-laveur, le castor et le rat musqué afin de répondre au besoin du propriétaire. Sur un même rang, je ne trappe pas sur toutes les fermes de manière systématique. Je choisi celles les plus attrayantes pour le gibier ou celles facilement accessibles (certains propriétaires ne désirent pas avoir de trappeur ou elles sont déjà occupées par un autre piégeur). Il n’est pas nécessaire d’obtenir toutes les permissions, les animaux se déplacent beaucoup et je dois conserver des secteurs non trappés. Ces derniers assureront un débordement vers les terres que je trappe, ce qui assure un renouvellement constant du gibier et un mélange génétique. Même principe pour les cours d’eau ou milieux aquatiques. Ils ne sont pas trappés sur l’ensemble de leur longueur ou superficie, mais sur certains segments facilement accessibles par exemple.

  • GESTION DES ESPÈCES ABONDANTES

Les espèces abondantes regroupent le rat musqué, le castor, le raton-laveur, le renard et le coyote dans mon secteur de trappe. Je n’applique pas de règle avant de retirer mes pièges dans un secteur. J’effectue souvent le plus de capture possible, sachant que trappe seulement sur quelques propriétés ou secteurs. La place laissée par les animaux que j’aurai capturés sera rapidement comblée par ceux des secteurs avoisinants.

Photo ci-haut : Le raton-laveur est une espèce abondante dans les régions du sud du Québec. Les captures multiples font partie du quotidien des trappeurs.

Le raton-laveur est une espèce abondante dans les régions du sud du Québec. Les captures multiples font partie du quotidien des trappeurs.

Le castor, une espèce abondante et qui peut causer des dégâts sur le réseau routier sera priorisée près des chemins forestiers et des routes. Souvent, je me contente seulement de trapper tous les castors visibles de mes chemins d’accès et je sais très bien que ceux plus loin en forêt viendront, dans les années futures, remplacer ceux disparus. Pour le rat musqué, c’est le même principe. Je trappe ceux qui sont nuisibles dans les systèmes de drainage des agriculteurs et dans les autres cours d’eau, je me limite à ceux facilement accessibles. Je ne marche jamais bien loin pour en trapper. Si je ramasse tous ceux près d’un chemin par exemple, ce ne sera pas long que ceux plus loin viendront profiter des abris et des sources nourritures maintenant rendus disponibles.

Le raton-laveur est une espèce très abondante dans ma région et est un vecteur de la rage. Considérant qu’il représente un risque pour l’humain, en plus des dommages causés dans les champs de maïs, je n’effectue aucune gestion pour cette espèce. Je capture le plus de ratons possible sur mes lignes de trappe ce qui en fait une capture vedette de tous les jours.

Les canidés, renards et coyotes confondus, sont abondants au Québec, cependant, ils sont les plus difficiles à capturer. Ainsi, je fais le plus de captures possible en sachant très bien qu’il en restera pour les prochaines années. Sur les fermes agricoles, les coyotes effectuent parfois de la prédation sur le bétail, je m’assure donc de faire une plus grande pression de piégeage à la demande des propriétaires.

La moufette est une espèce qui représente un bonus sur ma ligne de trappe. Ses multiples utilisations (essence, graisse, carcasse) permettent de rendre sa capture intéressante.

La moufette est une espèce qui représente un bonus sur ma ligne de trappe. Ses multiples utilisations (essence, graisse, carcasse) permettent de rendre sa capture intéressante.

 

  • GESTION DES ESPÈCES COMMUNES OU RARES

On retrouve ici les espèces plus fragiles et facilement surexploitables. Le vison, la loutre et le pékan en sont quelques exemples dans mon secteur. Pour ces espèces, il faut se limiter dans le nombre de captures à chaque localisation, sinon on risque de surexploiter.

Pour le vison, par exemple, je me limite à deux visons par localisation. Par localisation, j’entends soit un long segment de cours d’eau, un étang, un lac ou tout autre endroit que j’arrête en camion poser des pièges. Je pose régulièrement entre 2 et 6 pièges par localisation, mixte pour le rat musqué et le vison. Je capture les rats musqués en premier lorsqu’ils sont présents en grand nombre, et les visons rentrent après lorsque les pièges sont libres. Peu importe le nombre de rats musqués, après deux visons, je retire mes pièges. C’est la règle que j’applique. Ce principe me permet de m’assurer de ne pas nuire à la reproduction et me garantit des captures constantes chaque année.

Le vison d’Amérique est une espèce facile à surexploiter. Sur mes lignes de trappe, je me limite à deux captures par localisation, ensuite je retire mes pièges pour ne pas affecter les captures des années futures.

Le vison d’Amérique est une espèce facile à surexploiter. Sur mes lignes de trappe, je me limite à deux captures par localisation, ensuite je retire mes pièges pour ne pas affecter les captures des années futures.

Le même concept s’applique aussi pour le pékan sur ma ligne de trappe. Un à deux pékans par localisation ou secteur, ensuite je ferme les pièges pour la saison. Si je capture deux femelles la même année dans le même secteur, l’année d’après je vais me limiter à un seul. Les femelles sont très vulnérables aux engins de piégeage en janvier, il faut faire attention pour ne pas surexploiter.

Pour la loutre, généralement, deux captures dans le même secteur serait une pratique conservatrice. Les mustélidés sont des espèces généralement faciles à surexploiter en raison de leur reproduction tardive et la faible quantité de jeunes par portée.

Antoine Martineau-Rousseau
Québec

L’auteur est technicien de la faune et étudiant au Baccalauréat en Biologie à l’Université du Québec à Rimouski. Il habite au Canada, à Québec et trappe depuis 10 ans. Vous pouvez le rejoindre à l’adresse suivante pour toute question ou commentaire : hunter_antoine@hotmail.com

Etiquetas / Tagged under:
  • Tweets